lundi 15 octobre 2007

100 km Millau 2007

''…Et je franchis la ligne d’arrivée, je vois Félix et Benoit déjà là. José a posé le vélo et nous rejoint. Notre joie éclate, nous l’avons fais…Ensemble, nous sommes centbornards !!!"
DRINGGGGGGGG…..7H ! mmmm j’ai encore fais ce rêve. Pourtant ça fais bientôt 2 semaines. Mais c’est comme les grands événements de la vie, les moments les plus heureux, on se les passe en tête constamment comme pour ne pas oublier, pour continuer à garder cette euphorie.

La première question que vous pouvez vous poser et que nous posent les gens qui sont au bord de la route pendant la course. Pourquoi faire une telle course ? Où se trouve le plaisir ? Pour expliquer cela, il convient de vous expliquer certaines choses…

En Juin dernier, Félix nous lance « Ca vous tente les 100 km de Millau ». Toujours heureux de partager des aventures de courses et complètement inconscient de la dureté de l’épreuve, je me lance avec Benoit, Emeric, Eliane et donc Félix.
Durant les vacances d’été au Maroc, je garde cette course en tête et j’essaye de maintenir un certain niveau d’entrainement. Entre les vacances des uns et des autres on essaye de respecter le programme d’entrainement, 100/130 km par semaine pendant 11 semaines ! Ca fait environ 20 km tous les midis et une sortie longue le WE !
Avec les engagés et Nabil, qui a déjà fais la course et qui nous donne l’eau à la bouche, on se motive, on enchaîne les km, on se tire la bourre sur la Côte des Gardes de Meudon et on fait péter les chronos. Les WE, on se fait des tours de Paris soit 34 bornes avec Félix. On emmène les accompagnateurs vélo qui seront avec nous pendant la course, afin de reproduire les futures conditions. Pas évident pour les cyclistes de nous suivre à un rythme assez bas, ça tire déjà dans la montée des buttes-Chaumont…34km, dire qu’a Millau ca ne représente que 1/3…et je suis déjà usé.

28 Septembre
Dans la voiture nous conduisant à Millau, nous lisons le récit de Bruno Heubi, vainqueur 2005 des 100km et sous ces conseils, nous mémorisons le parcours : d’abord le marathon, une boucle autour de Millau, le retour à Millau et puis un aller-retour de 58km vers St-Affrique avec un dénivelé important. On retient les côtes que nous devront affronter, apprendre pour mieux anticiper.
Dans les montées à 6% sur l’autoroute, nous imaginons ce que cela fera au bout de 70km de course. 6% c’est pas mal quand même…

29 Septembre
7h
Lever au côté de mes amis. Le rituel habituel d’avant course : gatosport, les couches de NOK sur les pieds et même dans les chaussettes! Entre ça et le citron sur les pieds ces 2 dernières semaines pour durcir la peau, les conseils de Félix sont de plus en plus tordus. On en rigole avec Benoit. Il nous dirait de tremper nos pieds dans du jaune d’œuf qu’on l’écouterait encore.
10h… TOP DEPART.
Nous sommes sur la ligne de départ, il fait beau, quelle chance. Chargée comme des piles. Après les 10 semaines à 120 km/semaine, la dernière semaine à 20km nous a permis de nous recharger. Mais c’est un piège à éviter, on se sent tellement bien qu’on risque de partir trop vite…Millau c’est au 70ème que ça commence, je me le répète sans cesse. On se motive, on s’encourage:« A ce soir les amis !»
C’est partit, je me cale sur 11,5 km/h de moyenne sans essayer de suivre Benoit et Felix. Surtout ne pas les suivre, il ne faut pas se griller.

KM 6
Le point de ralliement avec les accompagnateurs, une file d’un millier de vélo, c’est vraiment impressionnant. José, mon accompaganteur est là et nous partons ensemble pour la première partie du parcours. J’arrive encore à voir Benoit. Je ne m’accroche pas et maintient l’allure fixée grâce au GPS de José.

KM 15
Je dévore le bitume, ma foulée est économe, je me sens bien. José est au téléphone avec sa fiancée à qui je parle une minute « Mais tu es fou… » C’est les mêmes mots qui ressortent de chaque personne quand on leur dit qu’on fait 100km. Peux être qu’ils ont raison, mais je ne me pose pas la question en fait, j’avance km par km. Et jusque la, ca va. Au ravito nous croisons Antoine, l’accompagnateur de Benoit qui ne doit pas être loin, ca me rassure de savoir que ma « famille » est là devant.

KM 21
Je suis régulier, 11,9km de moyenne. Je prends le temps à chaque ravito de prendre du glucose et des gels. Au semi, une courte montée me rappelle que la course est longue. Je bois régulièrement sous les ordres de José. Toutes les 5/10 min plus des gels et pain d’épice toutes les 20min. Un objectif en tête : Retardé l’usure au maximum. Je profite de ma faible allure pour profiter du paysage, j’encourage d’autre coureur, le public sur le bord de la route nous félicite, l’ambiance est magnifique et le temps splendide, quel bonheur de courir dans ces conditions.

KM 42
Le marathon arrive à sa fin, déjà sur le bord de la route je vois des coureurs avec des crampes.
Nous arrivons à Millau, je croise Benoit dans l’autre sens qui vient de passer la ligne du marathon, j’ai 800m de retard mais je garde mon rythme, je passe le marathon en 3h34. Le GPS de José s’éteint...low batterie, c'est la limite de la technologie, …il va falloir courir à la sensation. Mais cela m’a permis de ne pas trop me griller, j’ai fais 42 km et je suis bien encore.
Nous ressortons de Millau direction St-Affrique, je commence à penser à la mi-parcours en me demandant où est le panneau des 50.
Avant de sortir de Millau, je dépasse le 1er meneur d’allure 9h qui s’arrête au Marathon, il a explosé, il ne peut plus continuer... Si les meneurs d’allure commencent à sauter ca ne sent pas bon !

KM 47
Les premières difficultés commencent, la montée pour passée sous le fameux viaduc. Tout le monde marche autour de moi. José me conseille de marcher quelques mètres. Mes jambes commencent à tirer…
Si nous étions nombreux côte à côte sur le marathon, ici on se sent un peu seul, un coureur ou deux devant, pareil derrière.
Nous passons sous le viaduc, imposant, magistral. Le soleil se fait plus présent sur cette portion de route dénuée d’arbre. Ne pas se déshydrater surtout !
Sur la descente vers St-Georges je sens mes ongles de pied qui me font un peu mal. Mon pied à dû gonflé. Je suis remotivé par José et par un motard qui m’annonce que je suis 81ème. J’atteins le ravito de St-Georges qui se trouve dans une petite maison sur le bord de route. Des coureurs sont allongés sur des transats, il y a déjà des abandons. De mon côté je repars et entame la longue montée vers St-Rome.

KM 57
Je rattrape le 2ème meneur d’allure 9h qui a aussi explosé, on ne peut s’empêcher avec José de faire une joli photo souvenir un peu moqueuse je l’avoue.

KM 60
La montée et longue, partit dans mes pensées je me tourne pour demander de l’eau à José. Personne.
« José !! », je m’arrête quelques secondes mais personne n’arrive. J’espère que ca va, où est-il passé ?
J’atteins le ravito de St-Rome et me tourne pour chercher José mais rien n’arrive. Les ravitos ne donnant pas de petite bouteille d’eau je repars avec une éponge imbibée afin de subvenir à ma soif le temps que José revienne, en espérant qu’il revienne vite !
Devant moi s’annonce la plus grosse difficulté, la montée vers Tiergues : 7km d’ascension à 8-10%. Je pense à ma femme et embrasse mon alliance comme pour me donner du courage. Que c’est dur ! Mon éponge me donne quelque goutte d’eau et je demande aux accompagnateurs d’autres coureurs quelques gorgées d’eau.
Le 1er coureur passe dans l’autre sens, c'est Moros !…Ouahhh quel temps ! Il est suivi par une dizaine de vélo. Je l'encourage mais il est déjà loin.

KM 65
Un dernier virage en lacet et voila, Tiergues est là ! Dans la descente, mes ongles me font de plus en plus mal, la sensibilité est au maximum. Je n’arrive plus à accélérer. Le ravito me permet de m’hydrater enfin et de reprendre une éponge pleine. Mais où est José ?
Je me lance à nouveau, marche rapide avant de faire redémarrer la machine.
Je croise Félix qui passe dans l’autre sens ! Enorme, il est dans les 20 premiers. Il est concentré et ne dis pas un mot, je l’encourage à en perdre mon propre souffle. Derrière lui son accompaganeteur Seb a du mal à suivre sur le vélo. Lui qui a bouclé l’UTMB il y a juste quelque semaine. La vue de Seb me fait penser au "Président" qui n’est pas avec nous cause de blessure en préparant l'UTMB. Ca me remotive, « Le Prez, lui, avec sa déchirure ligamentaire, il a eu mal, tes ongles c’est rien à côté ! ». Je serre les dents.

KM 67
La descente vers St-Affrique est vraiment interminable.
« ARNAUDDDDDDDDDDDDDDDDDDDD » avec un accent espagnol qui ne trompe pas. Enfin ! Je récupère José qui a réparé sa roue et qui insulte le vélo (celui de Pascal et on l’en remercie d’ailleurs).
Je suis reboosté, je peux enfin boire à ma soif. Au loin nous voyons Benoît qui est en train lui aussi de faire péter les chronos, ENORME !!!! Je suis vraiement fier d’eux.

KM 70
St_Affrique, ENFIN ! Le plat est de nouveau là, laissant un faible répit à mes ongles. J’ai hâte d’arriver au ravitaillement.
Bruno Heubi nous disait la veille : « C’est là que la course commence »…C’est vrai, il faut faire le chemin en sens inverse, il reste 30km, un tour de Paris environ.
Je regarde l’heure. Je sais que j’ai raté mon objectif – de 10H mais mes ongles s’arrachent littéralement. Mon objectif est clair maintenant : FINIR.
Conscient que la route est encore longue, je fais le choix de perdre 15min, je me fais masser les jambes et prend une soupe chaude. Je n’ose pas enlever mes chaussures pour voir l’état de mes ongles.
Il est environ 17h… 7h de course. Qui aurait dit que je pourrais courir 7h de suite. La question suivante est : est-ce que je peux courir 10h de suite ?
Il commence à faire frais, je me couvre et repars pour la dernière ligne droite. Je pense à Eliane et Caroline que j’aimerais bien croiser rapidement. Je me fais du souci car il se fait tard…

KM 75
En montée, comme en descente, le passage St-Affrique – Tiergues est vraiment dur. Je marche par portion. Je dépasse et me fait dépasser par les quelques coureurs avec qui j’ai le même rythme. La « sélection » est déjà faite depuis longtemps, il reste la résistance à présent…ne pas craquer. « Mais c’était si long la descente ?».
Un « ohoh » évocateur de José me signale qu’il a de nouveau crevé. Je prends vite le bidon d'eau et continue ma course, je me retrouve de nouveau seul. Je dois à nouveau faire la montée vers Tiergues seul. Que c’est dur !
Chaque ravito est un soulagement, je languis de faire mes 5km qui me sépare du prochain. Avancé par étape, voilà le secret pour le mental.
Heureusement je croise Eliane juste après le ravito. Quel soulagement, on se saute dessus, on était inquiet mutuellement et ca redonne vraiment du baume au cœur de la voir si bien positionnée.

KM 80
Chaque descente est un supplice et malheureusement cette portion fait 10km de descente. Je m’accroche et fonce.

KM83
Le ravito. José me rejoint enfin et me remotive. Le faux plat descendant jusqu’au 90ème n’est que souffrance. J’ai le voile sur les yeux. José me parle mais je n'entend pas. Ce n'est qu'après en visionnant la vidéo que je me rends compte de l'état de fatigue dans lequel j'étais.

KM90
Ravito de St-Georges avant la montée vers le Viaduc.
Je m’affale littéralement sur le comptoir du ravito. Je ne peux quasiment plus poser le pied par terre et il reste 10km.
Ce n’est rien 10km, tu fais ca tous les midis me répète José « allez, c’est le tour grand lac, petit lac de boulogne, ce n’est rien ».
La montée vers le Viaduc est la dernière difficulté, la nuit tombe. Je croise encore des coureurs qui vont dans l’autre sens. Les pauvres, ils ne sont pas près d’arrivés. Mais cela me remotive. En se disant qu’ils vont courir 20h, je me dis que je peux tenir 1h encore.

KM92
Le viaduc est allumé. La descente vers Millau commence. Encore une descente ! C’est le moment où je bascule, je suis entre l’énervement, les pleurs et les cris. D’ailleurs je cris. J’en peux plus. C’est comme si mes pieds étaient dans une chaussure de nourrisson ! « Mais elle finit quand cette descente ?».
En tête, une seule chose, le panneau des 95. La fin de la descente, la rentrée dans Millau.
Mes ongles me font tellement mal que je m’arrête même dans les descentes, obliger de marcher. J’essaye de pousser sur les talons mais mon pied à trop gonflé. José me hurle dessus pour me faire avancer. Les rues sont vides, il fait froid. Quelques supporters restent sur le bord de la route et m’encouragent.
Je suis ailleurs dans ma tête, je pense à l’arrivée. Etant en retard sur mon temps je me demande si mes amis seront là à mon arrivée. Je demande à José « Tu penses qu’ils m’auront attendus ». Je suis sonné par l’effort et la douleur, mes propos sont de moins en moins cohérents.

KM95
Une petite montée avant de voir Millau. Et une descente ENCORE. Au loin la vision de Millau éclairé me motive.
Le moral revient un peu. Je me souviens du parcours. Je sais que le 98ème est sur le pont traversant le Tarn. La fin est proche mais que c’est dur. Ca descend encore pour y arriver et les pieds saignent.
KM 98
LE PONT ! Je l’ai tellement attendu. J’accélère un peu, je veux finir, je n’ai aucune idée de mon temps mais je pense aux amis qui m’attendent là-bas.
KM 99
La dernière ligne droite, à l’entrée du Parc de la Victoire, José en vélo doit s’écarter et me lance « Profites, tu l’as fait, ce sont les meilleurs moments, profites !»
KM 100
Je monte la rampe qui mène à l’intérieur du gymnase où se trouve l’arrivée, le chrono indique 10h44.
« AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH » Voila mon premier mot à l’arrivée. Félix et Benoit accoudés à la barrière me saute dessus. ON L A FAIT !!!!!! LES 100 KM !!
José nous rejoint après avoir posé sa « presque » fidèle monture.
Nous voila ensemble, nous l’avons fais ENSEMBLE !

FIN
Je ne saurais vous dire la joie que j’ai eue en les voyant. Le bonheur d’avoir vécu cela ensemble. 11 semaines de préparation, 11 semaines à partager tous ces km pour devenir centbornard.
Tous les entrainements avec la dreamteam : Felix, Benoit, Emeric, Nabil. Je ne serais trop les remercier pour leur présence, leurs conseils et leur amitié.
J’ai vécu une expérience humaine magnifique :
En solo tout d’abord avec mon corps (et surtout mes ongles ) pour surpasser la douleur. Je finis certes à l’infirmerie avec les podologues et les masseuses mais qu’importe après une telle victoire sur soi-même. 163ème sur les 1300 arrivants, je me dis que je peux être quand même content.
En duo ensuite avec mon petit José sans qui je n’aurai pas pu faire ce temps et qui a su me rebooster à chaque mètre.
En groupe finalement, et c’est là tout le plus beau et le plus paradoxal de la course à pied, le meilleur souvenir que je garderai ce n’est ni le chrono, ni la course elle-même, mais notre accolade commune à l’arrivée avec tant d’émotion, la fin d’un cycle, d’un défi lancé à nous même, fier d’avoir fait ca ENSEMBLE !

Après avoir lu tout ca vous devez vous demander « Pourquoi ? » ? Pourquoi faire un article aussi long pour dire qu’il a couru et surtout pourquoi courir une telle distance ?
Justement parce que ce n’est pas seulement une course, c’est une en groupe une AVENTURE HUMAINE extraordinaire et personnellement un DEFI magnifique.
Voila pourquoi j’en rêve encore, et voila pourquoi je garderai cela en mémoire.