mercredi 1 juillet 2009

Grand Duc 2009

Dur dur ! Ce sont les mots qui nous viennent à l’esprit alors que nous étudions la carte IGN posée sur la table.
Après un délicieux repas délicieusement partagé avec Chantal et Gilles, qui ont eu la gentillesse de nous héberger, c’est sur leur terrasse au soleil couchant que nous concluons unanimement que le 20e anniversaire du Grand Duc s’annonce dur dur. C’est vrai qu’avec 80 km et 5000 m de D+, il affiche des mensurations intéressantes. Des rumeurs s’avancent même à dire que c’est un des trails les plus durs de France.

La nuit est courte avec le réveil à 3 h et la route jusqu’à Saint-Pierre de Chartreuse. Juste le temps de récupérer les dossards que nous voilà positionnés sur la ligne de départ. Il est 5 h
Félix et Emeric sont à mes côtés alors que Seb, qui endosse la casquette de coach aujourd’hui, prend une dernière photo souvenir avec nos nouveaux maillots Team SFR blanc et rouge.

Dès le début, je me cale derrière Félix alors que la route s’élève rapidement. Une portion de bitume nous amène sur le chemin forestier montant à la Dent de Crolles. 20 % sur 6 km pour atteindre le col des Ayes, ça commence fort ! Félix se met à la marche rapide et je l’imite immédiatement. Je me sens très bien et son rythme me convient. Les yeux rivés sur ses mollets, je le suis au pas. La première féminine est à nos côtés et cours à petite foulée. Avec son gabarit de crevette, elle est très à l’aise dans les montées.
Le terrain est trempé et il est difficile de trouver des appuis solides. Malgré quelques glissades, nous atteignons le ravitaillement du Col des Ayes. La vue est splendide, la falaise derrière le ravitaillement ressemble à un océan de nuage. De l’autre côté la suite de l’ascension vers la Dent de Crolles où la forêt laisse sa place à la roche.

Nous repartons rapidement vers la montée qui se fait de plus en plus raide. J’ai la grande forme et j’arrive à suivre Félix. Nous apprécions ce moment et jetons quelques coups d’œil plus bas pour essayer de voir le Prez.
Après un passage d’échelle et un peu d’escalade, nous atteignons la Dent de Crolles à 2060 m d’altitude. Après 1 h 20 de course et 8 km de montés, les débuts sont prometteurs. Nous devons être dans les 20/30 premiers.
La vue est incroyable. Nous prenons le temps de nous alimenter et demandons à un des photographes d’immortaliser la fin de cette ascension.

Il faut maintenant redescendre et voyant Félix foncer à travers les rochers, j’essaye encore une fois de l’imiter, mais me retrouve vite à terre, le dos contre les rochers. Sans gravité heureusement, mais ce premier avertissement sans frais me rappelle que je ne suis pas un grand descendeur. Je mets donc le frein à main dans la descente en restant très prudent. Félix s’envole au loin.
La plupart des concurrents avaient pris des bâtons et ils peuvent ainsi s’aider dans cette descente à 36 % jonchée de cailloux glissants, de lapiaz et de passages boueux. Je les vois défiler alors que je peine difficilement en posant parfois le postérieur pour m’aider à descendre. Je me retourne, régulièrement, espérant retrouver Emeric qui est un très grand descendeur, mais c’est seul que j’arrive à la cabane de Bellefont. Les bénévoles sont encore là, souriants, nous félicitant et nous supportant. Je ne reste pas longtemps et c’est avec plaisir que j’attaque la montée en lacets.
Je grimpe rapidement et rattrape pas mal de monde avant de basculer sur l’autre flanc de la montagne.

Les 1200 m de dénivelé négatifs qui suivent sont encore une fois très techniques et les « batônneux » doublés dans la montée me dépassent facilement. J’essaye de garder un rythme constant tout en restant très prudent, rocher après rocher, racine après racine. J’arrive finalement à m’accrocher à un groupe de 4 jusqu’au pied du Haubert de la Dame, petite butte boueuse de 100 m où les vaches nous regardent avec étonnement avant que nous attaquions une nouvelle descente à 20 %.
« Arnaud ! ». Seb m’interpelle, il fait le chemin inverse pour nous encourager. Il m’annonce que je suis à 20 min de Félix. Le voir me booste et je fonce vers Saint-Même. Progressivement, la descente se fait moins raide et moins caillouteuse. En contrebas, je commence à apercevoir les habitations. Je suis étonné de la distance encore à parcourir pour arriver en bas et pense à Seb qui a dû se faire au moins 500 m de D+ alors qu’il a couru la veille et a fait le chauffeur toute la journée. Impressionnant !

Je ravitaille à Saint-Même et traverse le village où les encouragements se font au son des cloches à vaches. Une petite montée nous amène à Saint-Philipert où s’effectue le départ du 3e concurrent pour les courses en équipe de 5 (Le Grand Duc offrant la possibilité de courir solo, duo ou à 5 avec des relais tout au long du parcours). J’observe ces passages de relais alors que je dois continuer ma route, seul, direction le Grand Som et ces 1100 m de D+.
En lacets au début et de plus en plus raide, j’avale gel et pâtes de fruits pour garder une allure convenable. Ça grimpe, ça grimpe, ça grimpe ….je m’accroche. Enfin, on débouche au pied de « Grand Som ».

La montée finale va se faire par le « Racape », un mur d’une centaine de mètres !
Le passage est tout à travers les rochers et le dénivelé se fait rapidement car on grimpe assez droit accroché à un filin métallique fixé sur la roche avec le vide de l’autre côté. Encore une fois la course nature atteint ses limites.

Après le Recape, nous atteignons la dernière partie avec la croix en point de mire. Le soleil tape et les organismes souffrent. Mes jambes poussent, mais le souffle devient de plus en plus rapide. Le sommet sans arbres permet de voir la file de concurrents et le chemin à parcourir. Que c’est long ! Plus je grimpe, plus j’entends les encouragements des courageux venus jusqu’au sommet.

J’approche enfin, la croix qui culmine me fait un clin d’œil et j’atteins le sommet. Le checkpoint habituel prend mon numéro de dossard et me notifie que je suis dans les 60. Il n’y a pas de ravitaillement au sommet et il faudra attendre la fin de la prochaine descente. Je prends tout de même le temps d’apprécier la vue en reprenant un peu mon souffle avant de repartir.
À peine quelques mètres qu’un panneau indique « PASSAGE DANGEREUX. MARCHE OBLIGATOIRE SUR 300 m »… Comme si les passages précédents n’étaient pas dangereux…
Je m’exécute et avance avec prudence à travers des roches s’écroulant sous nos pieds et dévalant la falaise sur la gauche me rappelant que les lois de la gravité sont valables ici aussi.

Je croise quelques touristes sur ce « sentier des moutons ». Ils sont souvent incrédules de voir ces fous volants dévaler les falaises. Je les remercie alors qu’ils se poussent sur le côté. Quelques applaudissements et j’arrive au ravitaillement. Je suis assoiffé après tous ces efforts, mais on m’annonce que le point d’eau est un peu plus haut. Je ne traîne donc pas et entame la montée vers le Col de Mauvernay.
Il fait une chaleur terrible et il me semble que toutes les mouches du coin sont venues m’encourager. Je quitte quelquefois ma casquette pour l’utiliser comme tapette et chasser ces bestioles qui m’encerclent. Le petit point d’eau est en plein milieu de la montée et je dois jouer des mollets pour rester en équilibre pendant que j’enlève mon sac et remplis ma poche à eau.
J’atteins le sommet et passe de l’autre côté du Col pour attaquer la descente du pierrier de plus en plus technique avant d’atteindre la vallée. Je commence à apercevoir les habitations et les riverains m’encouragent vivement. Une dernière montée, un panneau indiquant qu’il reste « 40km » et j’arrive enfin à Saint-Pierre. Les barrières délimitent le chemin et nous font entrer dans la ville. J’entends alors Seb crié : « ARNAUD !! » et vois Emeric à ses côtés.

Il a chuté lors de la descente de la Dent de Crolle et a dû abandonner à la cabane du Bachasson. Je suis triste pour lui, mais rassuré de le voir, car je commençais à m’inquiéter, étonné de ne pas le voir débouler sur moi, malgré ces talents de descendeur. Seb m’accompagne jusqu’au poste médical où le contrôle de la tension est obligatoire.
Je m’assois et attends mon tour. À mes côtés, un concurrent bandé au genou se tient la tête. J’entame la conversation. Comme beaucoup de coureurs solos, il hésite à repartir. Nous n’avons pas encore fait la moitié du chemin et il m’informe que la difficulté qui s’annonce, le Charmant Som, est monstrueuse. J’essaye de le remotiver en lui lançant un « Il faut tenter de toute façon ».
L’infirmière s’approche de moi et me prend la tension. 14.9. « C’est un peu élevé, mais rien d’inquiétant ». Elle me donne donc le pass m’autorisant à repartir, mais me conseille vivement de prendre bien le temps de me ravitailler avant de repartir.
Je ressors avec Seb, marche jusqu’au ravitaillement et me gave de coca, fromage et pâtes de fruits avant de repartir tranquillement. Seb m’indique que je suis à 1 h 30 de Félix.
Je longe la route pendant 2 km avant d’arriver au pied de la montée du Charmant Som, 1200 m de D+ sur 6 km.

Le début commence en lacets. De longs, mais très longs lacets nous faisant zigzaguer sur le flanc de la montagne.
Les concurrents du relais 5 qui courent en équipe et qui viennent de partir de St-Pierre foncent comme des flèches. Je dois fréquemment me pousser pour les laisser passer. Tous cependant m’encouragent : « Bravo, c’est incroyable ce que vous faites ». J’avance doucement et regarde régulièrement mon altimètre qui progresse très lentement.
Plus j’avance moins la forêt est présente et je longe le flanc de la montagne avant d’attaquer la dernière montée jusqu’au sommet. Je grimpe le long d’un pierrier à 30 % qui me rappelle la montée du Piton des Neiges de la GRR et à Seb qui me reboostait à chaque pas sous le cagnard réunionnais. Encore quelques centaines de mètres éprouvants, un peu d’escalade et enfin le sommet devient visible. Je croise plusieurs concurrents allongés sur les rochers. Les abandons vont être nombreux sous ces conditions. Je m’enquiers de leur état et repars aussitôt.
J’atteins enfin le sommet. Je profite de la vue, mais repars, irrésistiblement attiré par le ravitaillement visible en contrebas. Traversant un champ et passant le bonjour aux vaches j’atteins le stand.

Un panneau indique « 30 km restants ». Les bénévoles m’indiquent qu’il y a de la route pendant 1 km jusqu’à l’oratoire avant d’attaquer de nouveau la descente.
Je m’assois 2 minutes pour ouvrir mon camel back afin de prendre un morceau de gatosport et quelques barres pour la fin de course. Il est vrai qu’avec le peu de ravitaillement sur le parcours, j’ai déjà consommé tous mes gels et barres.
Les jambes lourdes pour repartir, je suis la route où les voitures défilent. Cette portion n’est pas très agréable et c’est avec plaisir que je retrouve la forêt pour descendre jusqu’au Col de Porte. J’accroche deux « batônneux » dans la descente et les suis sur ces sentiers boueux.

Je regarde ma montre et demande à mes compagnons de route quelle est la barrière horaire au Col de Porte. 19 h. Je regarde l’heure, il est 17 h 22 ! Je suis bien et m’imagine à la fin de cette course, réussissant l’exploit de terminer ce monstre. Les 3 Pics sont derrière moi, j’ai fait le plus dur. Il suffit de rester prudent et ça devrait le faire. Ça va le faire !

Je cherche Seb et Emeric parmi les spectateurs, mais personne n’est là. Ils doivent déjà être redescendus. Je ne reste donc pas, remplit mon camel back et repars. Face à moi se dresse la montée menant à la cabane du Bachasson.

La pente est raide et surplombée par une remontée mécanique. Nous longeons le parcours, mais tournant rapidement sur la gauche pour attaquer une partie boisée avec une montée de 300 m en lacets à 15/20 %. Un dernier pierrier finit la montée avec un petit point d’eau en récompense.

Je repars le long de la crête et descends jusqu’au Col de l’Emeindras suivi de l’ascension finale de 200 m sur l’Emeindras De Dessus. Un panneau 10 km planté au sommet me réconforte. La dernière grosse difficulté est passée et j’attaque donc la descente, hâte de voir l’arrivée. Malheureusement, les kms sont très très longs à défiler
J’arrive au dernier ravitaillement où l’on m’annonce qu’il reste encore 7 km avec le prochain kilomètre de descente sur route et 2 coups de cul sur la fin. J’attrape un morceau de fromage et remplit ma gourde. J’ai la flemme d’enlever mon Camelback pour les kilomètres restants.

Je pousse dans les descentes et rattrape un groupe de 4 personnes. Les coups de cul s’avèrent de vraies côtes à 10 %, mais dans la région ils appellent cela coup de cul… C’est noté.
Je sème mon groupe dans la descente finale… panneau 3km..Je fonce.
Enfin le panneau 2km, j’y suis presque. Encore un peu de route, on replonge dans la forêt pour une dernière descente et le panneau 1km est là, à la sortie du chemin forestier, sur la petite montée menant à l’arrivée. Je suis exténué, mais j’accélère, l’émotion m’envahit, je réalise l’exploit que je viens d’accomplir. L’arrivée se dresse devant moi et j’entends d’un coup Félix et Emeric se lever d’un bond « ALLER ARNAUD ! C’EST SUPER CE QUE TU AS FAIT ! » Je leur tape dans les mains et franchit la ligne d’arrivée… 14 h 49 !

Le Grand Duc est vraiment un trail magnifique. La vallée de la Chartreuse est splendide et le parcours offre des points de vue exceptionnels. Je suis d’accord cependant avec l’avis général comme quoi il s’agit d’un des trails les plus durs de France. Les descentes sont vraiment très techniques et surtout ça monte tout le temps et fort. Je suis extrêmement fier de l’avoir terminé, ma patience et ma prudence m’ont permis de boucler le parcours en arrivant 50e sur les 87 arrivants alors que nous étions 177 au départ… Oui dur dur !