mercredi 18 février 2009

GRR 2008


Samedi 25 Octobre 2008 – 17h – Quelque part dans les hauteurs de la Réunion
Non je ne céderai pas ! Un roseau…je suis un roseau. Je dois faire corps avec la nature qui se dresse devant moi en étalant toute sa puissance. Non, je ne céderai pas !

Jeudi 23 Octobre 2008 - 23h40 – St-Philippe
Revenons quelques (et même bien plus) heures en arrière. Nous sommes le Jeudi 23 Octobre, il est 23h50 sur l’île de la Réunion. A mes côtés, mes compagnons de route de toujours: Félix, Nabil, Emeric et Sébastien et moi-même sommes sur les starting block attendant le départ de cette course mythique, de ce rêve qui nous obsède depuis 6 mois : le GRR, le Grand Raid de la Réunion. Prononcez « la diagonale des fous », c’est plus rapide et plus parlant pour cet ultra de 150km avec 10 000m de dénivelé positif traversant l’île de la Réunion du sud au nord avec des noms qui font rêver : Le Volcan, Foc Foc, Mare à Boue, Le Piton des Neiges, Cilaos, Roche Plate, Mafate, Deux Bras, Dos d’âne…St-Denis.

Vous imaginez bien qu’un tel périple demande une préparation…conséquente et d’énormes sacrifices.
En région parisienne, pas facile de trouver des terrains équivalent à ceux de la Réunion. Il faut donc trouver des côtes et les faire et refaire, encore et encore pendant plusieurs mois.
Moi, ayant changé de travail et me retrouvant à la Défense, j’ai découvert le Mont Valérien. Une petite côte de 4 minutes qui me permet de faire chauffer les cuisses et les mollets quand j’ai le temps d’aller courir à la pause de midi. C'est-à-dire pas souvent.
De plus, nouveau et très heureux papa, je n’ai pas le temps non plus de gambader pendant les WE et essaye de passer le maximum de temps avec ma femme et ma fille. Et pourtant cette passion qui nous dévore nécessite une préparation sérieuse.
Je m’entraîne donc le matin vers 6h et la nuit pour des sorties longues de 50/60km en pleine forêt de Meudon seul ou avec mon ami Félix toujours partant pour accumuler des bornes et exploser les scores sur le Runlogger de Facebook. J’enchaîne les séances et essaye de respecter le plan RaidLight avec ces 80 à 120 km par semaine…pas facile quand on est auditeur, papa et mari… mais je m’accroche, la course d’une vie se mérite.

C’est donc préparé et ultra motivé que je suis dans le stade de St-Philippe alors que le directeur de course prend le micro pour appeler les champions, les cadors des ultras qui se dirigent vers le sas préférentiel.
« Mimi Viton, el gnougnoui Nabil, Jeanne Melix Chevasu, Kan Sebastian, Biannitch Arnaud »
Incroyable ! Alors que l’on s’attendait à entendre les noms des champions en premier, ce sont nos noms, écorchés comme jamais mais nos noms quand même, qui sont appelés en tête de liste. Sans voix nous nous dirigeons vers le sas préférentiel. Les gens autour nous regardent impressionnés, comme si nous étions des champions, l’élite, la crème de la crème.
Cette chance est dû à la rencontre avec le directeur de course quelques instants auparavant qui nous avait permis d’écrire nos noms sur un bout de papier au cas où il aurait le temps de nous appeler, nous, la team SFR. La chance a voulu qu’il commence par ce bout de papier où j’avais rapidement écrit nos noms.
Et me voilà donc sur la ligne de départ au côté de mes 5 camarades (ne manque que notre petit Benoît resté à la maison et à qui on pense fort). Avec nous, dans le sas préférentiel, les vrais champions sont concentrés : Christophe Jacquerod, Marcelle Puy, Karine Herry mais aussi Laurent Jalabert nous éblouissent et nous restons silencieux et admiratifs au côté de nos héros contemporains. Le temps d’une photo souvenir grâce à Jean-pierre et Annie venu nous encourager que déjà nous entendons le décompte.

Vendredi 24 Octobre - 0h00 – St-Philippe – KM 0
Le départ est donné. « The Final Countdown » résonne dans le stade de St-Philippe. Nous filons telles des lucioles sur les bords de l’Océan indien. Le départ est rapide et précis. Le message des cadors est clair : « on ne traîne pas ». Nous courons tous les 5 éclairés par le phare de Nabil qui lui sert de frontale. Il fait lourd, très lourd même et j’ai du mal à trouver mon souffle sur ces premiers hectomètres. Heureusement que nous avions prévu léger, juste un sous-tshirt technique pour monter sans encombre ces 2500m qui nous séparent du sommet du volcan.

Les premiers kilomètres se font sur une ligne droite goudronnée avant de tourner à gauche pour entamer le fameuse montée du Volcan.
Mes jambes sont en feu après une semaine de repos et je m’envole sur ce petit chemin de montagne. Je dépasse Marcelle Puy que j’encourage avec ardeur (Elle finira première féminine en 29h)…bref, je suis dans un autre monde. Les petits lacets et la faible pente de ces chemins me réjouissent et je regarde autour de moi, essayant de profiter de chaque instant, n’en revenant pas d’être ici aujourd’hui.

Vendredi 24 Octobre - Chemin de ceinture - KM 7
Nous sommes tous groupés arrivant au premier ravitaillement où la foule nous acclame et nous encourage. La pause est courte. Un verre de coca et des fruits secs avant de repartir de plus belle.
J’accroche le Prez qui est en feu lui aussi « J’ai l’impression que c’est plat » me lance t’il. Lui qui est récent finisher de l’UTMB 2008 me sidère…quelle puissance ! Je ralentis un peu pour descendre sur Nabil puis Félix et revenir sur un rythme plus raisonnable.
Félix ne m’a pas l’air très bien et cette impression est confirmée puisque quelques secondes plus tard je le vois malade, sur le bord du chemin. Je m’arrête et attend qu’il reparte pour le supporter. Les yeux vitreux, il est ailleurs. Je l’encourage et me met devant lui pour essayer de le tirer un peu.
Il reprend petit à petit ces esprits et nous rattrapons Nabil toujours aussi à l’aise et qui monte tranquillement, réglé comme un métronome. Emeric est devant, incroyable, il pète la forme !

Vendredi 24 Octobre - Route du volcan - KM 15
Le deuxième ravitaillement est plus large avec encore plus de monde. Un virage à droite nous entraîne sur un escalier bordé de flambeau avant d’attaquer la VRAIE montée du volcan. Racines, troncs d’arbre, rochers, vous oubliez tout ce que vous croyez connaître sur les montées une fois que vous avez vécu ça. Il faut faire de grande enjambée, s’accrocher où on peut et monter, encore et encore.

Je me sens bien et puissant quand tout d’un coup, une petite douleur au mollet me traverse. J’essaye de rapidement l’oublier et continue de monter. Hop ! Ca recommence. Une décharge électrique à chaque fois. C’est la crampe. Je suis anéantie. Mon rythme cardiaque est au plus bas, je ne ressens aucune difficulté dans cette montée et pourtant je coince. Partis trop vite, peut être mal hydraté, je suis victime de crampes alors que nous sommes qu’au 17ème Km. Le moral en prend un coup. Dans ces petites ravines étroites, je crée un bouchon derrière moi et n’est d’autre choix que de m’écarter pour laisser passer les biens portants, les biens heureux.
Félix, Nabil puis Seb me dépassent et m’encourage de vive voix. Je les entends au loin, plongé pour ma part dans mes pensées les plus sombres. Tant d’entraînement, tant de sacrifices personnels, envers ma famille, tant de personnes qui pensent à moi en ce moment, je ne peux pas craquer. Je prend mon courage à deux mains et essaye de solliciter le moins possible mes mollets en m’aidant de mes bras et de mes cuisses. Quand la pente devient trop raide (Note : trop raide ici correspond à un mur vertical) j’arrache un bout de bois et m’en sert comme canne.
Je monte ainsi lentement avec cette petite douleur qui revient sans cesse dès que je tente un effort avec un de mes mollets.
J’ai perdu la notion du temps et même si sur ma montre il est affiché 4h, j’ai l’impression que ça n’avance pas et que je suis coincé là, tel Sisyphe portant son rocher au sommet de la colline encore et toujours. Mes amis sont loin devant et mes rêves de bien gérer ma course s’envolent à nouveau …. Mais où ai-je pêché ? Il est vrai que je suis parti un peu vite. Et puis les dernières semaines d’entraînement non pas été très sérieuse. La nature prend le dessus. Je vois ces arbres longeant le chemin tels des gardiens du temple qui sélectionnent uniquement les plus valeureux. Non ! J’ai trop donné pour être coincé ici. Je serre les dents et m’appuie le plus possible sur mes mains pour ne pas solliciter mes mollets électriques.

Sortant de mes divagations, je me rend compte que la montée se fait moins pentue et commence à reprendre espoir de voir au moins le volcan. La forêt se fait moins présente, laissant sa place aux steppes plus arides du plateau volcanique. On distingue vaguement le paysage dans cette nuit sans lune. Les crêtes des montagnes environnantes ne m’inspirent guère et je regarde plus en contrebas observant la farandole de luciole encore sur les chemins du volcan.

C’est alors que j’aperçois Seb, stoppé sur le bord de la route, desséché et grelottant. Il a mal refermé sa poche à eau au dernier ravitaillement et du coup, non seulement il est trempé, mais il n’a plus rien à boire. Le voir me réchauffe le cœur pour ma part, moi qui me sentais bien seul dans cette montée interminable.
Nous prenons notre courage à deux mains et continuons la route ensemble en se racontant le début de cet incroyable périple. Mon CamelBak nous ravitaille tous les deux et nous avançons de mieux en mieux. Sans nous en rendre vraiment compte, nous allongeons la foulée…Est-ce que ça irait mieux ?

« Chcougn ! » Mon muscle du vaste interne gauche (ma cuisse gauche pour résumer) vient de se contracter sans vraiment se décider à revenir à la normal. Je reste tétanisé face à cette douleur qui me terrasse. Seb me soutien pour me poser sur un rocher alors que les autres lucioles nous dépassent, voletant au dessus de moi. Je suis effondré et tétanisé…la totale. Que m’arrive t’il aujourd’hui ? Ai-je été trop gourmand avec cette course ? Ai-je vu trop gros pour moi qui ne cours sérieusement que depuis moins de 2 ans
J’essaye de souffler de me calmer, mais rien, le muscle reste tétanisé.
Une des lucioles se pose près de moi, il s’appelle Bruno et avec Seb il s’organise pour me masser vigoureusement la cuisse avec une crème sortie rapidement de son sac.
Je sens que ça chauffe, alors que je suis en train de me demander comment je vais finir la course avec des mollets KO et une cuisse en feu, Bruno s’active sur ma cuisse qui commence à se décontracter.
Au bout de 10min sur ce rocher avec Bruno et Seb à mes côtés, ma cuisse revit, fragile, certes, mais vivante.
Bruno la luciole sans va en me conseillant d’y aller molo molo. Je le remercie vivement alors qu’il s’éloigne dans la nuit rejoindre ces compères.
Le moral est au plus bas, heureusement que Seb est là pour nous motiver pour repartir tranquillement en direction du volcan. Nous avançons prudemment dans cette montée rocailleuse et rejoignons d’autres lucioles aux visages fatiguées.
L’altitude se fait sentir et nous avons du mal à respirer. La tête tourne un peu et le cœur s’emballe rapidement.

Un trailer blessé sur le bord de la route me rappelle mon état il y a à peine 30 min. Je m’arrête tout de suite avec Seb pour venir à sa rescousse. Je tente les mouvements réalisés par Bruno et essaye de décontracter cet animal blessé. Peu importe les minutes qui défilent dans ce genre de cas, nous ne laissons pas un trailer souffrir au bord de la route.
10 minutes suffisent à lui rendre, à peu près, l’usage de ces jambes et nous repartons de plus belle en direction du sommer
Il est bientôt 6h et le soleil se lève enfin apportant un réconfort indescriptible. Nous commençons à voir autour de nous et le paysage est splendide.

Vendredi 24 Octobre - Foc Foc - KM 30 – 6h07 (6h07 de course)

Nous voilà arrivé en haut du volcan. 2320 m d’altitude. Je me dirige vers l’infirmerie pour un massage bien mérité alors que Seb essaye désespérément de réparer son CamelBak. La route est longue et je ne pense pas à la perte de temps. Ma préoccupation première : FINIR.

Les mollets font mal mais la cuisse tient le coup. Je retrouve Seb radieux, son CamelBak est intact, l’eau avait juste coulé et mouillé son sac.
Nous nous ravitaillons sérieusement et prenant le temps d’une photo souvenir devant ce levée de soleil volcanique.


Nous filons sur la plaine des sables profitant du levé de soleil sur ce paysage lunaire.
Il commence à faire très chaud et alors que nous voyons au loin le rempart des basaltes, nous nous arrêtons un instant, le temps d’enlever les GoreTex et de nous badigeonner de crème solaire.

Le Rempart des Basaltes se monte bien mais avec la chaleur du matin, il faut s’accrocher. Les chemins surplombant les falaises nous émerveillent. Que la nature est belle ! Mais le vide en contrebas nous ramène vers la réalité, le moindre faux pas serait fatal ici. Nous arrivons au sommet de ce rempart où se trouve l’Oratoire Sainte Thérèse et attaquons la descente vers Mare à Boue.

La descente est relativement agréable, le sol est sec et même si il y a pas mal de cailloux, Seb sait trouver les appuis nécessaires. Je lui emboîte le pas sur chaque rocher.
Nous rattrapons pas mal de coureurs, passons devant le Piton Textor et arrivons vers la descente plus pentue de Mare à Boue. Nous enchaînons les échelles au dessus des barbelés qui délimitent les prés. Les vaches nous regardent avec curiosité. Seb lance un « Meuh » de salutation et elles nous répondent en cœur comme pour nous encourager.
Le temps commence à se couvrir mais la fine pluie qui apparaît n’est pas assez virulente pour rendre le sol boueux. Il n’y aura pas de boue à Mare à Boue cette année.

Au loin la vue des tentes de l’armée nous réconfortent, nous sommes arrivés à Mare à Boue et déjà plus d’un marathon dans les jambes.


Vendredi 24 Octobre - Mare à Boue - KM 50 – 8h48 (8h48 de course)

Un petit tour au pointage nous annonce que nous sommes dans les 600 premiers.
Seb se dirige directement à l’infirmerie abritée par une tente militaire, ces adducteurs commencent à tirer…50 bornes tout de même !
Moi je pars faire le plein de nourriture et le rejoins avec bouillon de pâte et pain. Moi aussi je passe sous la main des infirmiers : Massage des mollets et des cuisses pour assurer la suite et la fameuse montée du Piton des Neiges. Nous faisons le plein des CamelBack et reprenons notre route.

Nous longeons les champs sur quelques hectomètres, passant devant une zone de tirs militaires et attaquons un petit sentier légèrement montant dans les pâturages réunionnais. Après quelques kilomètres nous tournons à gauche où la forêt commence à régner et les sentiers à se faire de plus en plus petits et de plus en plus pentus. Les falaises apparaissent avec des petits éboulis de pierres…pas de doute nous sommes à Côteau maigre.
Comme son nom l’indique, c’est le PETIT sentier sur le bord de la falaise qui mène au Piton des Neiges. Echelles, rochers, passages DANGEREUX aux bords des précipices, tout y est pour nous rappeler la beauté de la nature.
Le temps paraît long dans ces sentiers forestiers. Nous avons l’impression de passer et repasser toujours et encore aux mêmes endroits.
Je ne pensais pas que 12 km (distance qui nous sépare du sommet) puissent être aussi long…et pourtant.
Ca monte encore et encore. L’oxygène se fait de plus en plus dur à trouver. Et comme si le manque de cette denrée périssable ne suffisait pas, voilà que le ravitaillement du refuge du kerveguen (KM 60) nous fait faux bond. Pas d’eau ici alors que c’était indiqué sur le roadbook…Il faut attendre le sommet mais les gourdes sont vides et le soleil tape de plus en plus fort.
Les rochers que nous enjambons me paraissent de plus en plus haut et ma douleur à la cuisse recommence à se faire sentir. Nous continuons encore et croisons des coureurs qui vont en sens inverse. Ils ont passé le Gîte et se dirigent vers Marla. Les chemins se croisent et desséchés, nous observons ces athlètes tout frais. Ca y est je le vois, dans la bruine fine du Piton, le gîte est là.

Vendredi 24 Octobre - Gîte du piton des neiges - KM 62 – 12h51 (12h51 de course)

Il y a beaucoup de monde à ce ravitaillement et peu de place pour s’alimenter et se réchauffer.
Nous prenons notre bol de soupe, un verre d’eau avec du sel pour maintenir cet équilibre sel-sucre si important et nous posons sur un rocher vue sur …le brouillard. C’est vrai qu’il fait froid par ici et très vite nous nous refroidissons...il faut vite repartir, Cilaos est 1200 m plus bas ! Cette idée me réchauffe le cœur.
A notre tour nous croisons les coureurs en route vers le Gîte et nous bifurquons à droite pour attaquer la descente vers Cilaos…
J’avais remarqué sur le roadbook et surtout lu dans les différents forum que cette descente était dure, du fait de sa technicité d’une part, de sa longueur (10km presque) et surtout du fait que vous êtes exténués par la montée du Piton.
Et bien ils avaient raison ! Des rochers et encore des rochers mais surtout des rondins de bois par milliers. Mis en place pour éviter que le terrain ne se dégrade sous la pluie et pour tracer la montée, ces rondins avec ce temps pluvieux sont des pièges constants.
Un bout de chaussure dessus et c’est la gamelle assurée. Dans une descente à pic c’est le genre de chose à éviter.
D’ailleurs Seb, qui attaque à chaque virage, se fait quelques frayeurs et se paye un salto heureusement sans grande gravité si ce n’est ses adducteurs qui commencent à parler.
Des marcheurs en route vers le gîte nous laisse passer et nous encourage… « Vous êtes à 5min de Cilaos »…« 5 minutes » ?! Youpi…on fonce…
30 minutes plus tard, force de constater que c’est un peu plus long que prévu…

Enfin, la pente se fait moins raide…le ravitaillement du Bloc marque la fin de la descente. Nous ne nous arrêtons pas, conscient que Cilaos n’est plus qu’à 2 kilomètres. Nous prenons la route goudronnée filons sur ce faux plat descendant.
Je sors mon portable de ma poche et tente d’appeler Jean-Pierre qui doit nous attendre à l’entrée du stade. Je laisse un message et nous allongeons la foulée.

Vendredi 24 Octobre - Cilaos - KM 70 – 14h49 (14h49 de course)

Enfin le stade est là. Jean-Pierre au bord du rond–point nous photographie et nous donne rendez-vous après les tentes médicales.

Nous rentrons dans le stade et faisons la queue pour les massages. Je m’allonge sur la table et profite de ces instants de détente. Sur ma gauche, Laurent Jalabert se fait également masser. Il a le visage fatigué et les traits tirés (moi aussi certainement).
Je lui demande comment ça se passe. « Je ne pensais pas que cela serait si dur » me répond t’il en soufflant. A qui le dit tu …Il hésite à abandonner et son « lièvre » à l’entrée de la tente essaye de le motiver. « Cette course est taillée pour nous montrer nos limites » .Je lui raconte mes péripéties du début et comment je suis monté en haut du volcan à l’aide des mains… « Il en faudra plus pour me faire abandonner ». Il m’écoute pensif mais à voir ces yeux vitreux il lui faudra puiser plus profondément pour pouvoir repartir.
Pour ma part je pense à ce début de parcours et à mon état de fatigue. Avec mes compagnons on se répétait… « Il faut arriver frais à Cilaos »…
Ce n’est pas vraiment ça ! Je suis exténué et mes mollets et cuisses qui ont souffert pendant 20km de montée doivent être soignés toutes les 10 bornes…J’ai déjà vu mieux pour résumer.
Et pourtant quand la masseuse me demande comment ça va et me racontent que beaucoup de coureurs abandonnent ici, je lui réponds « Ca va super !! ».
Je m’étonne moi-même, mais je vais bien. Certes physiquement ce n’est pas le top, mais psychologiquement je suis aux anges. Le fait de pouvoir monter pendant 20km alors que je n’avais plus de jambes me met dans un état de transe incroyable. Je me sens invincible. Je me doute que cela va être très dur…mais je SAIS que, sauf blessure, j’irais au bout.
Rien que d’y penser, je frissonne…Hâte d’être à l’arrivée et de voir toute la bande !

Je remercie la masseuse, souhaite bon courage à Laurent pour la suite et rejoins Seb qui vient lui aussi de finir de son massage. Nous sortons du bloc médical et nous dirigeons vers le stand pour récupérer notre sac assistance.
Jean-Pierre est là, souriant, et le voir me réconforte. Un bref retour à la réalité… Il nous raconte les péripéties des autres :
- Nabil est en feu, positionné tout devant dans les 100 premiers
- Félix, 1h derrière, est malade et ne peut quasiment pas s’alimenter mais comme d’hab il s’accroche
- Emeric, 1h derrière Felix et 1h devant nous, gère sa course comme un Prez
Ces nouvelles me rassurent. Tout le monde est encore en route, pas de grosse blessure, c’est le plus important.
Nous prenons nos sacs assistances et sous une pluie diluvienne nous filons nous changer dans les vestiaires du stade. Pour ma part je change également de chaussure et passe sous XT Wings pour la suite avec les descente plus technique. Un passage au ravito et c’est repartit… En route pour le col du Taibit.

Nous partons de Cilaos et rejoignons le GR pour une descente vers la cascade de Bras Rouge . Nous attaquons fort avec Seb dans cette partie jusqu’au passage de la rivière que nous franchissons en sautant sur de jolis petit galet glissants.

Vendredi 24 Octobre - Pied du Taibit - KM 76 – 17h54 (17h54 de course)

C’est ici que les choses sérieuses commencent…le début de la montée du Taibit qui fait peur à tant de personnes. Il y a de quoi, puisque nous allons monter de plus de 1000 m en 10km et puis c’est le point d’entrée dans le Cirque de Mafate. Plus d’assistance terrestre à partir de là. Il faudra soit attendre Deux Bras au 120ème km soit demander le rapatriement par hélicoptère. Autant dire que le moral et la forme doivent être là.
Et pourtant Seb n’est pas au mieux. Il grelotte et s’est assis sur le rebord de la route au ravitaillement positionné au pied de la montée. Je lui apporte un bol de soupe et essaye de le réchauffer par mes encouragements. Il est 18h, le soleil se couche tôt ici. Il faudra attendre demain 6h avant de le revoir.
Je motive Seb à repartir rapidement avant que les températures ne dégringolent trop et que nous soyons gelés en haut du Taibit.

Nous partons sur un bon rythme. Pas forcément très rapide mais très régulier. Seb se sent de mieux en mieux et je maintiens une bonne cadence devant. Nous montons ainsi rattrapant pas mal de concurrents épuisés par cette montée.
Enfin le col. La montée est finie et nous ne sommes pas mécontent de nous. Nous attaquons la descente vers Marla. Seb prend les devants bien plus à l’aise que moi dans ce genre d’exercice.
Quelle descente ! En pleine nuit sur un petit sentier au bord du précipice sans barrières ni rochers, je dirais que c’est un peu limite. De plus je commence à sentir une douleur au niveau du genou droit que je connais bien…C’est douleur si significative qui vous signal que votre tendon vous dit « STOP, j’en ai marre ». Bonjour mon tendon. Chut !! Soit sage. Je serre les dents et suis Seb dans cette descente interminable.

Vendredi 24 Octobre - Marla - KM 82 – 20h18 (20h18 de course)

La pluie se met à tomber et à cette heure avancée il ne fait pas très chaud. Nous arrivons enfin à Marla…détrempés.
Je fonce à la tente médicale pour me faire masser avant que la tendinite n’empire. Les bénévoles me reçoivent « Nous n’avons pas le droit de vous masser. Je peux juste vous donner la crème et vous vous la mettez ». Incroyable ! Pas de strapping rien. Ils m’indiquent que le prochain lieu pour les soins est à Roche Plate dans 15 km…
Oui mais 15km c’est combien de temps ici ? Tant pis, on va serrer les dents. Je me passe de la crème et essaye de chauffer un peu le genou afin de ne plus sentir cette douleur. Je retrouve Seb à l’abri sous la petite bâche qui protège le camp en train de déguster la soupe. Une gorgée de soupe et un café avant de repartir dans les hautes herbes de Marla.

Nous descendons le long des sentiers dans le noir complet et entendons en contrebas la rivière. Nous atteignons une passerelle de type pont de singe que nous passons un par un. J’ai une pensée pour mes compagnons devant qui ont emprunté ce passage un peu plus tôt et qui eux aussi vogue parmi les cailloux et les collines dans la nuit réunionnaise.

Des petites montées sèches mais courtes nous chauffent les jambes avant d’arriver sur la plaine aux sables où nous pouvons un peu allonger la foulée. Une nouvelle descente nous amène au bord de la rivière des galets pour un ravitaillement installé à même la roche sous une bruine désagréable et des moustiques TRES voraces. Les bénévoles sont tout de même là, nous encourageant à toute voix.
Nous prenons une bonne soupe et nous asseyons sur la roche. Les moustiques viennent goûter notre soupe et semblent définitivement préférer notre sang. Je profite de cette pause pour changer de chaussette et nous repartons réchauffés malheureusement la traversée de la rivière va avoir raison de mes nouvelles chaussettes toutes sèches et de mes XT Wings perméables.
Les montées reprennent puis les descentes puis les montées. Ca n’arrête pas et les jambes en prennent un coup.


Samedi 25 Octobre - Roche Plate - KM 95 – 00h16 (24h17 de course)

Nous arrivons enfin au ravitaillement de Roche Plate. La vue est apocalyptique. Les coureurs de partout jonchent le sol en quête de repos.
J’enjambe ces cadavres et rentre à l’infirmerie pour me faire strapper. L’infirmier, une bouteille de rhum à la main, me réponds « Il n’y a pas de crème ici. Par contre on a de la bande. ». Ce n’est pas possible ! Je me fais donc poser un strap sans crème par un infirmier par très bien réveillé et bien éméché. Pour résumer j’ai du scotch sur la jambe qui ne sert à rien. Il m’indique qu’il faudra attendre Deux-Bras pour avoir un vrai strap…dans 20 km L
Je sors de l’infirmerie et Seb m’interpelle : « Regarde, c’est Emeric » me lance t’il en pointant du doigt un des cadavres à terre.
Confiant en Seb et personnellement pas mal fatigué aussi, je donne un grand coup dans les pieds en lançant : « Debout Prez on y va !!!! »
« Ca va pas la tête » me lance le coureur malchanceux à qui je viens de latter les jambes. Après de plates excuses pour la méprise et un bon fou rire avec Seb, nous repartons.

Nous avançons dans la nuit sans lune et observons sur le sommet des collines que nous devinons au loin, les loupiotes de nos compères en avance de quelques heures sur nous.
Cette vallée me rappelle qu’ « IL » approche. Je me souviens parfaitement sur le parcours du passage nommé « THE WALL », une montée de plus de 500 mètres sur seulement un peu plus d’1km. Autant dire que l’on passe sur la partie escalade pour atteindre épuisé le sommet de la colline : Grand Place les Hauts. Le cœur va exploser, nous faisons une micro-pause avec Seb afin de nous alimenter avant d’attaquer la descente…et quelle descente encore une fois. Raide, méchante même. Je vois au loin le ravito mais j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais et commence à meugler derrière Seb. Il me remotive mais le moral n’est pas là…que c’est long. Mon genou me fait souffrir dans ces enchaînements de virage et de cailloux à sauter.
Enfin nous y voila après 5km d’enfer en 3h…on n’est pas rendu !

Samedi 25 Octobre – Grand Place les Bas - KM 103 – 03h55 (27h55 de course)

Je me retourne pour voir ce que nous venons de descendre. Cette image restera gravée pour toujours et je prends vraiment conscience de notre inconscience : les coureurs sautant de rochers en rochers pour descendre de cette falaise abrupte de 500m sans aucune sécurité me choque. Moi qui vient de la descendre sans réfléchir, en suivant Seb au pas près…de façon « déconnecté ».
Le ravitaillement est de nouveau l’occasion pour moi de refaire mon strapping mais là encore sans espoir. J’ai juste droit à un Doliprane et un encouragement. C’est déjà ça. Résigné je rejoins Seb au ravito et nous nous alimentons sous la pluie incessante avant de repartir.

Direction Ilet à Bourse avec de nouvelles montagnes russes. Seb n’a pas l’air en forme « Je commence à m’endormir » me lance t’il. Je le motive encore et encore mais ces yeux se ferment et il manque de tomber. Il s’allonge et s’endort sans s’en rendre compte. Je le couvre et le laisse dormir 15min avant de le réveiller alors que le jour commence à se montrer. Nous repartons et Seb a l’air requinqué par cette micro sieste.
Nous continuons notre jeu de montées-decentes. Des bips dans mon sac me rappellent que des gens pensent à moi. Ma femme bien sûr, ma mère et son amie Maria me suivent également à 10000km de là, c’est réconfortant comme la vue du prochain ravito. Nous rejoignons en effet Aurère en haut de la colline entourée de pins

Samedi 25 Octobre – Aurère - KM 112 – 07h07 (31h07 de course)

Le ravitaillement est situé dans une école et je discute avec les concurrents locaux qui m’annoncent que le plus dur est fait. Il reste la descente vers deux bras, la montée de Dos d’âne et redescente vers Saint-Denis. Mais la nuit est passée et nous ne devrions pas la revoir d’ici notre arrivée. La pluie a également cessée laissant faire apparaître le somptueux paysage de Mafate. Quel regret de sortir de ce cirque sans pouvoir l’apprécier de jour. Il faudra revenir.
Nous repartons dans la forêt de pins et apercevons un concurrent avec deux béquilles à la main et qui sautillent pour avancer.
Effarés on lui demande si ça va et il fait un geste pour dire oui et nous laisse filer. Je me demande comment il va faire pour sortir de Mafate dans cet état, mais quel courage en tout cas.

Nous nous lançons dans la descente vers Deux-Bras en attaquant sur les parties « faciles ». Nous dépassons des concurrents en se jouant des caillasses qui jonchent le sol. Les locaux passent encore plus vite comme s’ils couraient un dix bornes…c’est vraiment pas la même catégorie. Nous arrivons au pied de la rivière et sautant de rochers en rochers nous atteignons enfin le ravitaillement.


Samedi 25 Octobre –Deux Bras - KM 121 – 8h51 (32h51 de course)

Le ravitaillement de Deux Bras est superbe : podologue, masseur, douche, piscine, table pour le repas. Tout est là pour nous revigorer et finir en beauté. Avec Seb, nous prenons le temps de passer au podologue puis au masseur et enfin ravito pour s’alimenter. 1h30 de pause bénéfique.
Nous repartons à 10h30 de Deux Bras. Le sentier montant à Dos d’âne n’est pas très bien indiqué et le manque de balises nous fait perdre quelques minutes. Je motive Seb qui a un petit coup de mou. « C’est dans la montée de Dos d’âne qu’on fait la différence Seb ». Nous attaquons cette montée sous un soleil de plomb et j’ai du mal à respirer.
Des randonneurs descendant nous indiquent que la fin est proche… « 10min au max, courage ». Je pense aux 40h qui sont possibles alors.
Sans vraiment trop comprendre ce qui se passe, Seb me dépasse et accélère, il est en feu. Il a pris un gel quelques instants auparavant et le voila reboosté comme jamais. Une vraie locomotive dans cette montée. J’ai du mal à le suivre et je ne parle même pas des concurrents qu’il dépasse à une vitesse folle. Les gens nous regardent incrédules : « Vous venez d’où comme ça » me lance un réunionnais. Je n’ai quasiment pas le temps de répondre, trop peur d’être lâché par Seb, tel Armstrong dans la montée du Ventoux, il est en train de tout déchirer…
Felix avait raison « Quand tu cours plus vite, tu arrives plus tôt. » Il fallait y penser. Nous arrivons au premier ravitaillement en bas de dos d’âne où nous nous ravitaillons rapidement et filons vers le haut de dos d’âne marquant la fin de la montée et le retour de la pluie.
Enfin ! Après 2h de montée…C’est décidé; j’arrête d’écouter les randonneurs ! L’idée des 40h devient illusoire...l’important : finir.

Samedi 25 Octobre – Dos D’âne - KM 128 – 12h39 (34h27 de course)
Nous ne nous arrêtons pas au 2ème ravito de Dos d’âne bien décidé à arriver plus vite à Saint-Denis. Je me souviens que la prochaine difficulté sur le plan était le Piton Batard à 1500m d’altitude, mais je n’avais pas bien appréhendé que pour l’atteindre il fallait passer un nombre de coup de cul incroyables et des montées de ravines pleines de boue. Je regarde sans cesse ma POLAR qui ne veut jamais atteindre les 1500. « 1460m », ça doit être là…et bien non pas encore et cela pendant plus de 3h. Interminable. Je ralentis, perd Sébastien de vue et commence à m’endormir debout alors qu’autour de moi le vide est là, en contrebas, caché par cette brume épaisse. Mes yeux se ferment, Seb est partit j’en suis sûr mais je ne lui en veux pas. Mais où suis-je ? Je commence à halluciner complètement et perds tous mes repères. C’est un « ARNAUD !!! » rageur qui me réveille. Seb est là et me booste. Je prend une barre et repars. Piton Batard est enfin là ! La dernière descente : direction le Kiosque d’Affouche.

Comme les courses, j’ai toujours du mal à finir mes récits. Peux être parce que j’essaye de vous faire revivre ce que j’ai vécu. Et cette partie ressemble un peu au néant psychologique pour moi, un enfer sans nom que je ne saurais décrire. Pour comprendre cela il faut se remémorer qu’il a plu quasiment non stop sur cette portion toute la journée et du coup ce qui en temps normal ressemblerai à une belle descente sans caillou avec de la belle terre et des petits arbres tout le long, ressemble ici à un torrent de boue sans accroche où chaque pas de plus est un soulagement. J’apprendrai plus tard que plusieurs concurrents se sont blessés sur cette partie. Si les premiers arrivants n’ont eu qu’un peu de boue, les conditions se sont dégradées au fur et à mesure de la journée. Il faut sauter d’arbre en arbre pour descendre cette rivière de boue. Là encore les locaux m’impressionnent, ils voguent sur ce terrain et nous dépassent. Il y en a même au téléphone rigolant de la situation. Non je ne céderai pas ! Un roseau…je suis un roseau. Je dois faire corps avec la nature qui se dresse devant moi en étalant toute sa puissance. Non, je ne céderai pas !

Samedi 25 Octobre – Colorado - KM 142 – 17h01 (41h01 de course)
Nous sortons enfin de l’enfer et longeant une route goudronnée. Confiant sur le reste du parcours nous allongeons la foulée. 13/14km/h. Les concurrents nous regardent bizarrement. Nous croisons une concurrente locale que nous avions dépassée à Dos D’Ane. Etrange… Je comprendrai plus tard que les « raccourcis » sont monnaie courante sur la GRR. Ce n’est pas ma vision de l’ultra et je ne comprend pas quel plaisir on éprouve de faire 41h au lieu de 43h en ayant coupé dans le parcours, la nature humaine m’étonnera toujours.
Nous contactons Félix pour lui dire que nous sommes à Colorado et que nous arrivons bientôt (enfin on l’espérait).

Nous avions confiance sur la suite du parcours et l’effort laissé pour filer sur cette route goudronnée a laissé des traces. Nous allons le payer directement avec l’attaque de la descente du Colorado. Une descente de gros blocs de pierre avant d’arriver à Saint-Denis. Sébastien a la cuisse tétanisée et est obligé de s’aider d’un bâton. Pour ma part, mon genou me rappelle qu’une tendinite ne disparaît pas par magie. En bref on n’est pas beau à voir et les concurrents nous dépassent à vive allure. On serre les dents et nous allons mettre plus de 2h30 à faire cette portion qui se fait en 1h max. Nous sommes épuisés. Chaque rocher est une souffrance de plus. Séb descend avec les mains et son bâton qu’il jette finalement, dépité. Courage, nous apercevons la fin du parcours, juste là, sous nos pieds. Je regarde mon altimètre et voit que c’est la fin…

Samedi 25 Octobre – La Redoute (Arrivée) - KM 150 – 19h29

Nous arrivons au pied de la colline et longeons la route sous les applaudissements et les klaxons des voitures. Les larmes montent, je regarde Seb et nous nous comprenons. Nous l’avons fait, ensemble, nous avons défié ce monstre, cette folie qu’est le GRR.
Ca y est nous entrons dans le Stade. Felix nous voit et se jette sur nous en larmes « Vous l’avez fais, vous êtes des malades !!». Seb et moi avançons et nous dirigeons vers l’arrivée main dans la main. Comme par magie après 150km nous courons et je mentirai en disant que je ne ressens aucune douleur mais elle est éphémère, diluée dans l’intensité du moment. Je suis bien. Je suis coureur, ultratrailer même, je suis mari, je suis papa, je suis moi. Toutes mes facettes ne forment qu’un à présent. Je suis en paix, tout est clair maintenant.
Nous passons la ligne d’arrivée. Au dessus de nous, le chrono affiche 43h29 et comme l’indique l’inscription sur le T-shirt donné à l’arrivé par les organisateurs : « J’ai survécu ».