Oui, c’est un peu prétentieux, mais c’est vrai et je le revendique. Je porte mon t-shirt en bombant le torse et mes amis me tâtent le bras pour vérifier si je suis vraiment de fer.
Les non-initiés se demandent certainement ce qu’est un Ironman…Un rapport quelconque avec les super héros de Marvel ? Une série US ? Le cousin de Superman et WonderWomen ?
En fait, il faut remonter en 1977 près de Pearl Harbor pour comprendre. A cette époque, le commandant John Collins, un commandant de la Navy, lance au cours de la remise des prix des 140 miles de course à pied d’Oahu, un défi afin de savoir quels sont les meilleurs athlètes entre les nageurs, les cyclistes et les coureurs. Il regroupe ainsi en une seule épreuve les 3 compétitions les plus dures de l’archipel :
- Le Waikiki Rough Water Swim (3,8km de natation)
- L’Around Oahu Bike Race en cyclisme (179km)
- Le marathon d’Honolulu (42,195 km)
Le 18 février 1978, 15 hommes osèrent se lancer dans l’aventure. Le vainqueur, un marine nommé Gordon Haller fut proclamé Ironman et les 12 « finishers » reçurent pour récompense une figurine en fer soudé et dessiné par Collins lui-même.
Depuis, des compétitions Ironman se tiennent partout dans le monde et les meilleurs se rencontrent une fois par an pour l’Ironman d’Hawai, le Championnat du monde.
Oui ; mais quel rapport avec toi Arnaud, tu ne fais que courir ??
Ca a commencé au triathlon de la Baule pour lequel EY est partenaire. Nous avons fait un trirelais avec Ben et Ludo et même si je n’ai fait que ma partie running, j’ai trouvé l’ambiance top et j’ai évidemment cherché ce qu’il y avait de mythique à faire dans cette discipline... un Ironman…un ultra comme d’hab !
MAIS
1er problématique : Je suis têtard de bronze en brasse non coulée…autrement dit, je ne sais pas du tout nager.
2ème problématique : J’ai fait du vélo de route il y a….20 ans, à l’époque des casques en lanières de cuir et des cales en métal…outch
Allez Arnaud le mental ! A chaque problématique un plan d’action.
1er plan d’action : La natation
a : Dès novembre, je motive mes potes Nico, Ben et Ludo au taf, des nageurs pro (dauphin d’or…ouais la classe) pour venir le midi faire des séances à la piscine Courbevoie. Ils analysent ma « non-technique » de nage et me surnomme très vite « la branche » à cause de mon postérieur qui coule inexorablement au fond de l’eau au lieu de flotter en surface.
b : Je prends une dizaine de cours avec un moniteur pour apprendre à nager le crawl, à respirer et surtout à glisser au lieu de mouliner avec les bras comme un robot-mixeur et trainer mes cuisses de traileurs qui visitent le fond des piscines.
c : Je m’inscris avec ma bande inséparable de SFR, Félix et le prez, au club de triathlon d’Issy pour avoir une structure d’entrainement et des programmes sérieux. Ainsi, chaque mardi soir à 21h on se fait 1h30 dans la ligne d’eau « des canetons » avec les autres gallinacés biens nommées Anne-Paul, Narbé & Co.
2ème plan d’action : Le cyclisme
Problématique difficile à Paris en raison des conditions météorologiques vraiment pourries. Ainsi, il faut attendre avril pour commencer à faire quelques sorties avec Felix, le Prez, Ben et Nico.
Les premières sorties tournent au gag. On ne sait pas enlever les cales pied et dès qu’un obstacle se présente on chute un par un tels des dominos. Les coureurs à pied et autres passants nous regardent en éclatant de rire…
Petit à petit on prend confiance et les sorties s’allongent pour atteindre une centaine de kilomètres dans la vallée de Chevreuse avec pause sandwich et binouze à la fin (oui ; sérieux le programme).

Malheureusement, on trouve rarement du dénivelé dans cette région. Du coup, sur le peu de route qui monte, on reste sur la « plaque » (i.e grand plateau) et on se tire la bourre comme des gamins. Idem en descente où nos sensations de trailers nous poussent à fond…seulement c’est beaucoup plus touchy de corriger une trajectoire à 60km/h sur un vélo de 7kg que à 20km avec ses cuisses. On frôle quelques beaux gadins parfois.
Voilà pour l’historique, ce qui m’amène ce dimanche 26 juin 2011 à 6h30, sur la plage de Nice, en combinaison néoprène, pieds nus sur les galets, entouré de 2499 fous prêts à se jeter dans la méditerranée. Encore une fois je suis accompagné de la crevette atomique, alias Nico.
1ere partie : 3km8 de natation
La corne de brume annonce le départ et bien que je fusse sur la ligne, il y a déjà une vague humaine qui s’est formée devant moi. Ca pousse, ça attrape les pieds, les mains, ca donne des coups de poing et surtout on se coule tous joyeusement. J’ai le souffle court ; je suis parti vite et les noyades répétées m’épuisent. Je panique sérieusement sur ces 500 premiers mètres tellement il m’est difficile d’avancer. Avec ce monde et les vagues qui se forment, impossible d’aligner trois mouvements sans boire la tasse, je me cale rapidement sur du deux temps jusque-là première bouée.
Cette première partie me semble interminable, je suis obligé de m’arrêter régulièrement, coulé ou bloqué par une jambe devant. Je me demande ce que je fais là et comment on peut nager dans de telle condition.
Ma trajectoire n’est pas trop mauvaise et j’arrive à bien gérer le premier virage sans me faire éclater.
Les 2 litres d’eau de mer déjà avalés me travaillent sérieusement et une nausée insoutenable me tourmente. En plus, j’ai l’impression de ne pas avancer et tente parfois de repartir en 3 temps, mais je ne tiens pas. J’ai le cœur qui joue la samba et des nausées terribles, je repars donc rapidement en 2 temps, limite nage indienne.
Enfin, je m’approche du rivage et de la fin de ma première boucle de 2km4. Lors de mes respirations, j’entends au loin le speaker annoncer la fin de la natation pour les premiers concurrents. Je suppute alors qu’on doit être à environ 50 min de course. Sachant qu’il reste 1km4, je peux faire un temps pas trop moche. Je fonce et m’accroche au bras d’un bénévole pour réaliser la sortie « à l’australienne » (on sort de l’eau et on court sur 100 m avant de repartir en mer).
La 2ème boucle passe mieux, le peloton s’est étiré et il y a plus de place pour nager. Je retrouve le sourire.
Je me repasse mes entrainements en tête avec Félix et le Prez. Dire que je ne savais pas nager il y a 6 mois et me voilà terminant ces 4km de natation au milieu des cadors. Le plus dur est fait pour moi. La dernière ligne droite est un peu plus mouvementé, tout le monde accélère et se pousse.
Transition 1
Terre !!!
Tout en enlevant le haut de ma combinaison, je cours à petites foulées dans la montée menant à la zone de transition. La tête tourne un peu après 4 bornes de natation.
Je prends mon sac et décide de rester en tri-fonction. Je mets les lunettes, le casque, les mitaines, les chaussettes, les chaussures de vélo et hop c’est parti.
Les bénévoles passent avec la crème solaire et j’accepte volontiers un petit coup sur les épaules.
Alors que je cours pour récupérer mon vélo, je jette un œil sur le parc qui me semble terriblement vide reflétant certainement un piètre temps natation. J’essaye de trouver le vélo de Nico mais impossible, je file.
Je prends ma bécane et cours jusque la ligne de départ vélo, et hop on est parti pour 180 bornes.
Partie 2 : 180 km de vélo
Premier constat, il fait chaud, très chaud. Je m’hydrate toutes les 10 min et prends des capsules de sels toutes les demi-heures, une idée brillante de Nico encore.
Je me suis fixé comme objectif de faire du 30 km/h de moyenne et j’essaye donc de maintenir un bon 40 sur le plat. Première sensation : les jambes sont là.
Le parcours vélo nous emmène dans l’arrière-pays niçois, une merveille. On traverse les plus beaux villages de France avec en fond sonore les cigales et les encouragements du public.

La première côte à 10% au 20ème kilo picote un peu, mais c’est très court. Par contre au 50ème, on passe aux choses sérieuses : Col de l’Ecre, 20 bornes de montée à 7% environ. Là, ça pique vraiment ! Le compteur fait la grimace. Je me fais doubler par des wagons de cycliste qui me font vraiment prendre conscience que l’île de France c’est plat !

A l’inverse dans les descentes, je m’éclate. Comme en trail, je débranche les neurones et fuse à 65/70km/h. Je rattrape pas mal de monde et maintiens au final une moyenne honorable.
Nice est en vue, la longue ligne droite vent de face est pénible et je m’allonge sur mon prolongateur pour ne pas trop perdre de vitesse.
J’arrive sur la promenade des anglais et observe les coureurs déjà en pistent, il me tarde d’arriver sur mon terrain de jeu.
Un dernier coup d’œil au compteur du vélo, 29.9 de moyenne…cool !
Transition 2
Je pose le pied avant la fameuse ligne transition qui marque la fin du parcours vélo. Je pense à bien garder mon casque fermer sous peine de sanction et cours dans le parc à vélos pour donner mon bolide à un bénévole et pendre mon sac transition.
Je vérifie et vois que le sac de Nico est encore là. J’espère qu’il n’est pas loin !
Je mets mes boosters et enfile mon pied dans mes runnings pré-lacées grâce aux lacets auto-stop et BAM ! Je mets les gaz !
Partie 3 : 42.2 km de course à pied
Le parcours est composé de 4 boucles de 10 kms : des allers-retours de 5km de la plage du centenaire jusque l’aéroport le long de la promenade. A chaque tour, on nous remet un chouchou de couleur différente.
Je pars à 15km/h sur des bases de 2h50, mais très vite je vois que le cœur ne suit pas. Les jambes vont très bien, mais je suis fatigué et je ralentis sérieusement. En plus, la promenade est en feu : 40° à l’ombre ! Ca va faire mal.
Je scrute les concurrents arrivant en vélo en sens inverse et aperçois Nico alors que je finis mon premier aller. Allez Nico !!!!
Même si ce tracé permet de savoir parfaitement où on est et d’avoir des supporters partout, les ravitos tous les 1km5 et la répétition me lassent et me ralentissent. Ca bouchonne à chaque ravito où les concurrents s’arrêtent, s’alimentent, d’hydratent. Je perds un temps fou et prends donc le pli de m’hydrater systématiquement et m’alimenter toutes les 5 bornes. Du coup, la moyenne kilométrique est catastrophique.
Des douches sont positionnées à chaque ravito et je me trempe littéralement à chaque coup afin de garder une température corporelle supportable et éviter les crampes.

Je recroise Nico en sens inverse, on a environ 7km d’écart et on s’encourage donc mutuellement à chaque croisement. Même si je suis terriblement lent, je ressemble à un Pac Man géant sur pattes. Les autres concurrents sont à l’arrêt, en marche rapide ou trottinent doucement alors que je « fuse » à 11km/h. Sensation bizarre qui ne motive pas à accélérer.
Hop, le dernier chouchou, plus que 1 tour, 5km, j’accélère. Je profite de ces deniers moments si précieux et me repasse en tête le fil de la course, les entrainements passés et les sacrifices fais pour être là aujourd’hui. Dernier sprint, 100m, je m’arrache alors qu’un concurrent essaye de me dépasser.

C’est fait, en 12h15m50s… je suis un Ironman.
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